Lieu d’Accueil de Cholet : Espace de Paroles du 6 Octobre 2017.

LIEU D’ACCUEIL CHOLET : ESPACE DE PAROLES du 06 OCTOBRE 2017

ENTOURAGE ET MALADE

Annie : L’Entourage Adultes : ce qu’on a voulu au travers de cet espace de paroles aujourd’hui c’est vous révéler les souffrances, les émotions, les comportements de l’entourage adulte et l’évolution de l’Entourage avec l’aide des Espaces de Paroles mais surtout ça n’est pas pour ajouter de la culpabilité surtout pas, soyez en certains.

A l’espace de paroles vendredi dernier, il y avait une dizaine de personnes de l’entourage et nous nous sommes réunis pour préparer la soirée et d’autres l’ont fait à partir de chez elles.

Ce qui va être dit par les unes et les autres ce n’est pas forcément ce qu’elles ont vécues elles-mêmes,  c’est une réflexion de groupe et les tâches ont été réparties

Nous avons voulu vous parler de l’entourage car à une certaine époque nous invitions un malade « confirmé » à nos espaces de paroles et je me souviens d’une personne malade qui m’avait dit à la fin de l’espace de paroles « j’étais loin d’imaginer tout ce que pouvait souffrir l’entourage »

A – l’entourage pendant la PERIODE DE L’ALCOOLISATION

  1. La co-dépendance de l’entourage – l’entourage vit en fonction de l’alcoolisation du malade

  1. Contrôles

    Béatrice : contrôle bouteille

    Jennifer : haleine – le bisou du bonjour/bonsoir – arrivée à la maison – l’appel téléphonique

Pour l’entourage le contrôle est nécessaire et parfois même involontaire ; nous sommes poussées par cette envie de savoir même si on sait que ça va nous faire du mal. On le fait aussi dans l’espoir de se tromper,  quelques fois on hésite, on ne sait pas…alors tous les moyens sont bons :

  • le contrôle des attitudes 

  • la voix au tel

  • la façon de garer la voiture de fermer la portière        

  • la manière d’entrer dans la maison, de dire « bonsoir »    

  • le petit « bisou » pour contrôler l’haleine.

Il y a aussi le contrôle du produit

  • faire des marques sur les bouteilles  pour voir si le niveau a  diminué et sur les étiquettes afin de vérifier si c’est une autre bouteille.

L’entourage va aussi faire attention aux moyens de paiement en évitant de les confier au « malade  » Et bien entendu contrôler également les allées et venues. »

  1. Découragements  - peurs – angoisse profonde  - Laetitia (peur pour la santé)

Découragement, peur, angoisse :
La peur apparaît lors de mes moments d’absence, ou quand je suis au travail : comment vais- je le retrouver à mon retour ?  les  enfants auront ils manger ?, dans quel état sera la maison ?… La pression augmente au fur et à mesure que je me rapproche du domicile. Alors pour me rassurer, je passe un petit coup de fil. Mais cela n’est pas plus rassurant car souvent, ça ne répond pas ou bien l’intonation de la voix nous dit le contraire des propos.
Notre état de stress peut être si intense que la crise d’angoisse arrive.
Le retard est aussi très angoissant : ne pas avoir de nouvelles, pas de réponse aux appels, parfois nous entamons une recherche dans la ville, dans les bars…
Notre cerveau entre dans une hyperactivité, tous nos sens sont en éveil : les bruits de la rue, la façon dont la voiture est garée, le pas dans l’escalier, l’ouverture de porte, le bisou  testeur d’haleine, l’état des pupilles, l’odeur des vêtements…
Notre peur se ressent aussi auprès des enfants : nous sommes moins dispo, plus énervés, ils ressentent tout !
Notre peur tourne aussi autour de l’accident possible pour lui et surtout pour les autres. Nous pensons beaucoup aux conséquences familiales possibles (difficultés scolaires, troubles du comportement, difficultés financières…).
Et aussi peur pour leur santé : les possibles conséquences liées à la consommation comme le cancer, la dépression, l’isolement social…

  1. Mensonges  Honte – Isolement -  Annie :

Il m’est arrivé de mentir en prétextant une migraine pour annuler une soirée prévue car mon mari était trop alcoolisé – je disais toujours que c’était moi qui avait un empêchement et pourtant c’était à cause de mon mari qu’on ne pouvait pas se rendre à une soirée

  1. Rupture de dialogueMarie

Cela s’est fait tout doucement, le soir Alain rentrait tard et  vu son état,  inutile de lui parler ; le matin il ne fallait pas aborder la question, ce n’était pas non plus le moment. Il restait donc le midi, hélas il rentrait déjeuner à l’heure où je partais travailler, le week-end ? il avait toujours une occupation, une raison pour fuir et retrouver les copains de boisson.

Nous avons fini par ne plus nous parler ou si peu quand il avait les idées un peu plus claires mais inutile de parler des soucis de l’alcool, c’était le déni total.

  1. Obligation d’assumer seule l’éducation des enfants et  les tâches à la maison – Laetitia

Obligation d’assumer seule l’éducation des enfants et les tâches à la maison.
Malgré la maladie, la vie continue, la maison doit être entretenue, les enfants à s’occuper. Nous essayons de pallier au maximum : prévoir les repas, le ménage, la garde des enfants, les devoirs… Les trajets (en cas de perte de permis)
Et la gestion des finances reste toujours présente dans un coin de la tête.

  1. Violence de l’entourageMarie

La maladie d’alcool d’Alain était déjà bien avancée malgré mes supplications  de réagir, il ne voulait rien entendre, me disant que c’était moi qui avait un problème.

Quelque temps avant j’avais parlé de ces soucis à notre médecin traitant qui m’avait répondu que c’était à Alain de faire le nécessaire, j’ai été très déçue de cette réponse, me laissant seule dans mes tourments  mais j’ai compris bien plus tard que seul le malade décide

Aussi un soir que son comportement  m’avait exaspéré, j’ai voulu lever la main sur lui,  je ne sais pas ce qui m’a retenu et là j’ai compris qu’il me fallait chercher de l’aide à l’extérieur plutôt que de l’humilier par ce geste que j’aurai surement regretté.  

  1. CulpabilitéMaryvonne

Je me suis posée beaucoup de questions sur l’alcoolisation de mon conjoint, sur ma propre responsabilité ; ce que je faisais de mal :  je ne dois pas répondre à ses attentes, je ne dois pas être la femme qu’il souhaite, j’ai dû dire des choses qui l’ont blessé, je me sens coupable et pense tout faire de travers. Et là le groupe entourage m’a beaucoup aidé en essayant d’avoir une autre approche face à la maladie car la culpabilité ne fait pas avancer, au contraire elle renforce les défenses de l’autre qui se sent piégé, jugé sans être aidé ce qui paralyse les relations. Je devais changer ma façon de faire et d’être face à mon conjoint

  1. Perte de confiance en soi- d’estime de soi – Corinne

J’en étais arrivée à ne plus avoir envie de m’habiller, de me maquiller, de prendre soin de moi et je me posais des tas de questions : qu’avais-je donc fait ou au contraire pas fait pour qu’il s’alcoolise ainsi ?  qu’avais-je pu dire ou au contraire pas dit ? et à force d’entendre les réflexions « tu me surveilles toujours, tu rouspètes tout le temps, avec toi j’ai toujours bu » je perdais confiance en moi 

  1. L’Amour – Laetitia

Si nous sommes là ce soir, c’est qu’il reste encore présent, que nous avons confiance en notre conjoint. Malgré la maladie, une famille s’est construite et que nous devons la protéger. Nous nous battons ensemble, en couple, en famille…
Et puis, petit conseil : un conjoint alcoolisé est beaucoup moins attirant, ça ne donne pas d’envie!

  1. Demande d’aideAnnie

Puis il arrive un jour après avoir tout essayé, on ne sait plus quoi faire et là on cherche de l’aide à l’extérieur : 

Marie : En mai 2002, hasard ou pas, mon attention est retenue par une parution sur le journal d’une soirée publique  d’information, je me suis interrogée toute la journée, j’y vais ou j’y vais pas ??? grave question mais il fallait réagir, besoin d’aide, donc la peur au ventre j’ai assisté à cette soirée et suis rentrée chez nous avec de la documentation que j’ai laissée en évidence. Hélas le lendemain nous n’en avons pas parlé il m’évitait et trop émotive je ne savais comment lui en parler  sans pleurer.

Claude :  Après avoir très longtemps hésité … je redoutais les indiscrétions …je suis venue pour la première fois à Alcool Assistance  pour exprimer mon impuissance face à cette maladie ! cette maladie particulière qui isole le malade et son entourage. Pourquoi recevoir amis ou famille si c’est pour permettre au malade  une alcoolisation d’un toujours plus ?  lors des mariages à surveiller les allers au bar et se déplacer pour qu’il ait un retour possible  de ce bar ?   J’avais honte de cette maladie qui empoisonne notre vie de famille, notre relation de couple… ; cette alcoolisation dans le silence … puisqu’elle se fait  dans un endroit isolé et discret à l’abri des regards sur notre lieu d’habitation.  Oui je suis venue pour avoir une écoute …des conseils …de la compréhension …. j’’ai trouvé ce que je cherchais puisse que les années passent et je reviens,  parce que des liens se sont tissés … si cette double dépendance continue …elle physique et psychique …je sais qu’elle lui appartient et qu’il est seul face à elle…C’est à lui de faire le choix d’une vie avec ou sans ce poison qui le grignote jour après jour lentement mais sûrement…

QUESTION AUX MALADES : qu’auriez-vous aimé que votre entourage dise, fasse pour être le plus aidant possible ?

B – PERIODE DES SOINS et QUESTIONNEMENTS DE L’ENTOURAGE

  1. Comprendre la Maladie Béatrice

C’est souvent par l’association qu’on apprend dès le départ que l’alcoolisme est une maladie ; cela nous permet déjà d’avoir un autre regard envers la personne malade et d’autre part ça nous donne de l’espoir car s’il ou elle est malade il y a des soins possibles  (aide du médical et aide des espaces de paroles)

  1. peur du retour du malade à la maisonAnnie

Quand le malade part en soin pour quelques semaines ou quelques mois, cela permet à l’entourage de se ressourcer, de vivre plus sereinement mais le retour du malade à la maison inquiète l’entourage :

  • va-t’il prendre ses médicaments

  • va-t’il adhérer à une association 

  1. Peur du « qu’en dira-t-on »  -Jennifer 

Le qu’en dira t’on est très difficile à vivre pour l’entourage, on sait que les gens savent, on sait que les  que les gens parlent dans notre dos et c’est un sentiment vraiment désagréable ; on ne peut rien y faire il faut qu’on « passe au- dessus »

Malheureusement certaines personnes parlent sans vraiment connaître les difficultés de la maladie ce qui nous met dans une position difficile car cela entraîne la honte et le mensonge.

(par exemple quand une personne part en soin l’entourage peut inventer une histoire pour justifier l’absence de la personne) cela évite aussi les débats 

  1. Affirmation de l’entourageAnnie

Pour aider le conjoint malade, beaucoup de personne de l’entourage proche ont fait le choix de ne plus consommer d’alcool ; pour ce choix de vie nous sommes également tenus de nous affirmer

QUESTION AUX MALADES : qu’auriez-vous aimé que votre entourage dise, fasse pour être le plus aidant possible ?

C – VIE SANS ADDICTIONS

  1. Le lâcher prise / Retour de la confiance – Annie

Il faut beaucoup de temps à l’entourage pour faire à nouveau confiance, parfois des années et il est important que le malade en soit conscient – le malade lui sait s’il a ou non consommé mais l’entourage a besoin de preuves à répétition pour avancer dans la confiance. Parfois un geste, une attitude,  une parole du malade rappelle l’alcoolisation et tout le questionnement se remet en route.

  1. Dialogue possible

La présence du malade et de son entourage aux espaces de paroles peut permettre un dialogue au retour à la maison et permet d’avancer ensemble

  1. Bien vivre ENSEMBLE

  2. Vie de famille normale retrouvée 

    Maryse : Il y a maintenant 4 ans que mon mari assiste aux Espaces de paroles 
    Tout va bien pour nous, mais au début ce n’était pas gagné !!!!
    Je participe de mon mieux à l’espace entourage ; l’équipe m’a beaucoup aidée et m’a écoutée !!!
    ça  m’ a permis de retrouver la confiance avec Jean-Pierre, de lui faire confiance 
    et aussi d’ avoir de la patience et il en faut!!!!!
    j’ai compris que c’était une maladie ; je remercie l’équipe entourage pour son écoute et ses très bons conseils
     

Maryvonne : Depuis 2004 Bernard est abstinent et depuis cette date nous adhérons à
alcool assistance. Bernard est venu d’emblée aux réunions et moi je me suis dirigée vers l’entourage c’était une évidence de pouvoir l’accompagner dans sa démarche, je viens aussi souvent que je peux avec plaisir. C’est là que j’ai appris avec l’expérience des autres participants comment entre autres,  renouer des liens avec les enfants partis loin pour fuir le problème de l’alcool que nous vivions à la maison. Leur laisser le temps de « digérer » cette souffrance et progressivement de retisser des liens ,c’est avec beaucoup de bienveillance que le groupe m’a aidé à comprendre qu’il était nécessaire de prendre le temps, sans heurter ,afin que chacun puisse refaire confiance
.

  1. Epanouissement des enfants (résultats scolaires, comportements etc…)

  2. Santé retrouvée

  3. Estime de soi

  4. Lien social (travail retrouvé, groupes de paroles, nouveaux amis)

  5. Projets possibles

  6. Fidélité participation aux espaces de paroles

BéatriceLes espaces de paroles m’aident à reprendre confiance en moi, j’y participe régulièrement, je m’y sens bien et comprise. Les personnes présentes ne sont jamais jugées quels que soit leur manière de se comporter chez eux. Il y a une grande discrétion et un profond respect….c’est un peu une 2ème famille.                        

Pour nous qu’est-ce qu’un espace de paroles :

  • Un lieu pour déposer sa souffrance

  • Il n’y a pas de jugement

  • Il y a de l’écoute

  • Du lien

  • La confidentialité

  • Les similitudes qui rassurent

  • Permet de changer notre regard envers le malade

  • Permet de connaitre la maladie

  • Quelques numéros de tél rassurent

L’ENTOURAGE RESTE PRESENT, EST LA POUR SOUTENIR LE MALADE, EST A SON ECOUTE S’IL EN A BESOIN

Maryse :   Il y a 3 ans la vie de mon fils est devenue un enfer à cause de l’alcool, ce poison a tout détruit. Sa femme l’a quitté en emmenant ses 2 petites filles avec elle, il a perdu son travail, la maison a été vendue (avec un emprunt à rembourser sur plusieurs années), sa santé s’est dégradée…..

Il a fait de nombreuses cures ; mais à ce jour et malgré toutes les énergies déployées pour l’aider (par moi, mon compagnon, son frère sa sœur etc…) il boit toujours, n’a presque plus de ressources,  est sans travail depuis 1 an, et ne sais pas s’il pourra revoir ses filles ! Bref le bilan actuel est vraiment noir d’où mes peurs, mon angoisse et quelquefois mon découragement à l’aider car je ne sais plus comment.

C’est vraiment insupportable de ne plus savoir quoi faire pour lui, je ne supporte plus de le voir ainsi et je ne comprends pas pourquoi il ne réagit pas et qu’il ne s’arrête pas de boire (le déclic aurait pu être pour ses filles).

Je ne compte pas non plus tous les mensonges qu’il a pu me dire (dégradations sur la voiture de son ex, violences à l’encontre de son beau- père, accidents, perte de papiers), etc…

Les accidents corporels qu’il a eus lors de soirées, les accidents avec sa mobylette ou les accrochages avec des voitures, tous ses papiers officiels qu’il a perdus ou s’est fait voler (encore dernièrement) Autant d’exemples qui me mènent à l’association Alcool Assistance pour demander de l’aide et essayer de comprendre la maladie.

Il a eu plusieurs périodes de déprime ces derniers mois, il se laissait aller, n’avait plus envie de rien, pas de projets…. Même à ces moments -là , j’étais présente pour tenter de lui remonter le moral et lui dire qu’il fallait réagir et rapidement …. Ne plus boire en priorité, prendre soin de lui, retrouver du travail … j’avais l’impression de parler à un mur et même aujourd’hui je me sens encore démunie et surtout démoralisée.

 

Heureusement, l’association Alcool Assistance a été là pour m’accueillir et m’écouter au tout début de mon désarroi et aujourd’hui je sais que je peux toujours compter sur les groupes de paroles, leur confidentialité, leurs expériences, leurs précieux conseils…

GRAND MERCI A EUX ET A TOUT CE QU’ILS FONT POUR LES MALADES ET LEUR FAMILLE

J’ajoute ce petit message pour vous tous ainsi que les malades :

AIDEZ MOI PAR VOS REACTIONS SI VOUS LE POUVEZ, J’AI PEUR QUE MON FILS NE SE RETROUVE A LA RUE CAR NOUS L’AIDONS AUSSI FINANCIEREMENT MAIS CA NE PLUS DURER … FAUT IL LE LAISSER TOMBER ? (je ne crois pas que j’en serai capable, mais mon compagnon ne veut plus l’accueillir à la maison et il a peur que notre relation de couple se dégrade à cause de lui !)    J’AI TELLEMENT PEUR ET JE CACHE L’AMPLEUR DE CETTE PEUR A MES ENFANTS CAR EUX AUSSI NE SAVENT PLUS QUOI FAIRE POUR AIDER LEUR FRERE