Histoire de Vie de Béatrice (Mars 2018).

          Bonsoir,

          Cela fait deux ans que nous venons régulièrement aux réunions d’Alcool assistance, dans le but d’aider Olivier et d’être soutenus dans la lutte contre cette maladie qu’est l’addiction à l’alcool.  

       L’association nous a demandé de témoigner ce soir en racontant notre parcours, un exercice bien difficile mais qui nous permet de faire le point sur notre cheminement depuis notre rencontre avec les problèmes liés à l’alcool.

    Nous nous sommes rencontrés très jeunes, lors de bals, comme bien des personnes de notre génération. Très vite, j’ai perçu un certain mal être chez Olivier qui ne semblait pas très heureux dans sa famille. Il a vite su qu’il pouvait compter sur la mienne, mais a également trouvé du réconfort dans l’alcool lors de soirées arrosées entre amis tous les week-ends. Le décès de son frère Antoine en 1982 à l’âge de 18 ans le fait plonger encore plus, mais à cette époque là le suivi psychologique n’est pas si développé par chez nous. L’alcool est une solution de facilité, bien plus accessible. Je pensais que je serai capable, avec tout mon amour, de l’aider à surmonter cela et à changer ses mauvaises habitudes qui étaient loin de le rendre plus heureux. J’étais encore loin de me douter que l’alcoolisme est une maladie et que nous y étions confrontés.

          C’est dans ce contexte que nous nous sommes mariés en 1984. Nos premières années de mariage n’ont pas été idylliques : Olivier allait à l’usine à reculons, où il travaillait en 3×8. Il s’engage pourtant au sein de la même entreprise à y devenir électricien. Il boit alors beaucoup et est très méchant verbalement envers moi : pour moi le travail était alors la cause de tous ses maux.

          Une fois devenu électricien, il s’apaise un peu et notre première fille, Angélique, naît en 1986. Nous avons alors de beaux projets en perspective. Les travaux dans la maison que nous venons d’acheter l’occupent. Notre deuxième fille Laetitia naît en 1990.  Les années passent et le climat familial se détériore peu à peu : Olivier boit désormais seul le soir, ce qui me stresse énormément car cela le rend de méchante humeur. Nous sommes très tendus, nous nous disputons tous les jours, notamment pendant les repas du soir où nous sommes tous les quatre réunis. Mon envie de contrôle vire à l’obsession : je le surveille, analyse tous ses faits et gestes, contrôle le niveau des bouteilles. Ma santé se dégrade également : je fais régulièrement des malaises. En parallèle, les enfants grandissent et commencent à comprendre que ce qui se passe à la maison n’est pas si normal.

          Alors que nos filles sont adolescentes, à force de lui demander d’essayer d’arrêter, il finit par accepter de faire des efforts en diminuant sa consommation.

       Cela ne fonctionne pas et il finit, quelques années plus tard, par aller voir un médecin addictologue (Alia) qui lui donne des médicaments, ce qui lui permet d’entamer une abstinence de quelques années. Je suis un peu plus heureuse mais lui non, car il vit très mal son abstinence et nous nous sommes coupés de beaucoup de nos amis.

     Les filles sont alors parties de la maison et nous nous retrouvons tous les deux. Les années qui suivent sont en dents de scie : tantôt à faire des efforts aidés par le médecin afin d’arrêter complètement de boire, tantôt à replonger.

    Une crise importante finira par mettre un terme à cette période, lorsqu’il rentre en unité de crise de l’hôpital de Cholet en 2015. Quelques mois plus tard, lors d’une fête à laquelle il s’alcoolise, il se confie à un ami qui lui propose de l’accompagner aux réunions d’Alcool Assistance. Très malheureux, il accepte et s’y rend pour la première fois en mars 2016.          Malgré ma crainte d’être reconnue, car j’avais honte, je l’ai suivi le vendredi suivant. A mon grand soulagement, j’y ai été très bien accueillie, écoutée et comprise, sans aucun jugement. J’y ai retrouvé des personnes aux parcours plus ou moins similaires, mais avec le même combat. Je me suis sentie bien moins seule et cela m’a fait du bien.

          Selon moi, Alcool assistance nous apporte beaucoup à tous les deux. Elle a tout d’abord changé notre regard sur l’addiction à l’alcool : c’est ici que nous avons découvert qu’il s’agissait d’une maladie. Mais elle permet également à Olivier de vivre une abstinence heureuse en apprenant à s’affirmer et à comprendre qu’il peut vivre heureux, voir bien plus heureux, sans l’alcool. Notre relation avec nos filles s’est beaucoup améliorée. Notre vie à changé : sans stress, nous sommes beaucoup plus sereins. Les réunions de l’association sont pour nous indispensables pour maintenir cet équilibre.

          Aujourd’hui cela fait deux ans qu’Olivier ne boit plus d’alcool, je suis vraiment très fière de lui. Notre vie prend enfin une tournure plus heureuse, nous avons des projets, mais nous n’envisageons pas une seconde d’arrêter de venir aux espaces de paroles qui ont une place si importante dans notre quotidien qu’à chaque vendredi nous avons le sentiment de rejoindre notre deuxième famille.

           Béatrice.