Histoire de Vie de Rose (Février 2021).

Plongeon,

Janvier 2019,
Voilà c’est fini, je viens de mettre un terme à une carrière longue de 42 années chargées de souvenirs, de contacts, de jouissance. Un dernier tour de clé tout est terminé. Je suis épuisée physiquement et moralement, je me mets au fond de mon lit, j’y resterai 4 jours. Comment faire pour affronter autant d’émotions, comment gérer cette nouvelle vie qui se présente à moi, constamment entourée je me sens soudainement seule, isolée du monde et cette crainte de sortir, d’affronter ces paroles, ces regards, c’est vrai qu’on a fait de moi une image, un repère pour certains, une confidente pour d’autres, je n’ai plus le courage de les affronter, je veux tourner la page mais on me renvoie toujours à ce qu’était mon identité. Tout disparait, ma vie sentimentale est un désastre.

Je décide de me renfermer. Cette solitude si soudaine je n’y étais pas préparée, la dépression prend le dessus très rapidement et un peu plus chaque jour. Je suis en souffrance. C’est insupportable, je ne me reconnais pas, il faut que ça s’arrête, mais comment ? Comment retrouver mon énergie, mon enthousiasme, une bonne raison de vivre. Je sens un chuchotement à mon oreille…….alcool ! Oui c’est ça, j’ai trouvé, je suis ravie, je me sens pousser des ailes, je suis prête à affronter le monde entier, je revis, enfin… je le crois. Je consomme rapidement et excessivement. Je plonge, replonge , encore et encore, je me noie…, impossible de remonter à la surface, aucune force, aucun bras tendus. Je suis au fond du lac et ne vois que du noir. C’est le néant. Des mois passent, que faire, finir de sombrer, c’est très tentant. Mais je ne peux pas laisser un tel héritage. Mes enfants que vont- ils faire d’un tel exemple dans leur vie. Eux qui ont toujours été ma fierté. Je dois me donner une chance de survivre, je dois réagir sinon ce sera le chaos total et je perdrai tout, surtout l’amour de mes enfants. lls me donnent de l’espoir et m’encouragent a me soigner. Ce sera un dur combat mais je n’ai pas le choix. Je vais mal.

Lundi 19 décembre 2019,
Je rentre a l’hôpital. Ambiance bizarre, qu’est-ce que je fous là ! Seule femme parmi tous ces hommes. Qu’est devenu cette femme si confiante? Qu’est devenu ce corps ? Que sont devenus ces yeux rieurs ? lnfirmières, psychologues, médecins, je leur mets ma vie entre leurs mains. On déballe, on desserre des noeuds, on me donne des conseils, on m’explique c’est une maladie, la maladie des émotions. Je suis presque rassurée, alors il y a forcément une piste, un remède, un espoir. J’accepte ma condition et me soigne, j’irai chercher jusqu’au fond de mes tripes pour m’en sortir.

15 mars 2020,
Un rayon de soleil. Un bébé, le premier bébé dans la famille est arrivé. Le confinement aussi. Je vais bien, mais prudence, c’est le retour de l’isolement. Et pourtant c’est durant cette période que je prends de bonnes décisions pour moi, je réalise que je n’ai jamais vécu de tels moments. Mon quotidien s’enrichit de liberté, de mes propres envies, mes plaisirs. Je revis et pourtant nous sommes renfermés. Je mets fin à ma relation sentimentale qui a contribue à ma destruction. Mon corps se transforme, mes yeux s’illuminent à nouveau, maintenant que je retrouve du bien être, je vais pouvoir me projeter. Mes enfants me protègent, m’encouragent, me surveillent et me font preuve d’une très grande confiance. Je suis fière de mon parcours mais n’ose pas l’exclamer, les douleurs sont profondes et sans doute irremédiables. Je suis condamnée à les rassurer. Peut-être qu’un jour … Enfance, adolescente, on fait un sacré travail avec la psychologue. J’écoute des témoignages, j’évoque un peu mon parcours, je ne suis pas seule, hommes et femmes déballent leur expérience, leurs chutes, leur abstinence, merci les amis du jeudi soir. Je vais mieux.

Septembre 2020,
Les projets fusent dans ma tête. Maintenant que j’ai soldé les obligations administratives et matérielles liées a mon activité professionnelle, je décide de changer mon environnement, une nouvelle maison, un nouveau départ, un nouvel aménagement rien que pour moi. Mais le summum de ce mois de septembre est bien autre chose, bien vivant, bien rieur, bien occupant, je participe a l’éveil de ce bébé qui est arrive en mars. Quel bonheur, ce tout petit, si fragile, je veux être une bonne mamie. Ce bébé contribuera largement à ma guérison. Je veux le voir grandir. Je vais_bien.

Noël 2020,
Impatiente comme une enfant qui attend le passage du Père Noel, je prépare cet instant depuis des semaines, cadeaux, déco, réveillon je veux que ce soit parfait. II y a tout juste un an. Désormais Noel ne sera plus juste une fête familiale, ce sera aussi mon deuxième anniversaire de renaissance, de survie. J’aime ma famille. Je vais bien.

Rose
Le 20 fevrier 2021