Témoignage de Sophie (Mars 2016)

Témoignage de Sophie

Honte, violence, culpabilité ; vivre avec un alcoolique est un drame quotidien pour le conjoint et ses enfants.

L’alcoolisation de mon conjoint a duré plusieurs années faites de brimades et de conflits permanents dans lesquels étaient soumis mes enfants. Le mot soumis me paraît le plus juste. Au début de l’alcoolisation ils étaient jeunes, ne comprenaient pas nos conflits et moi-même je n’arrivais pas à comprendre ce qui nous arrivait. Même je pensais que l’alcool rendait mon mari agressif, j’étais dans le déni total de la maladie alcoolique.

Lors de nos conflits, j’essayais de les protéger en leur mentant, prétextant que papa était fatigué, que c’était de ma faute si papa était en colère. Je culpabilisais de les voir malheureux de cette situation, de les entendre pleurer en cachette. J’avais honte de les faire souffrir. J’étais leur maman et je me devais de les protéger. Je faisais de mon mieux en leur disant que ça irait mieux demain, que nous les aimions très forts et surtout qu’ils n’étaient en aucun cas responsables de la situation. J’essayais de maintenir la communication en m’isolant de mon mari ; c’était devenu un secret et je ne voulais pas qu’ils en parlent. On se confiait beaucoup, mes enfants et mon travail étaient ma priorité.

Les années passèrent et l’alcoolisation s’amplifiait. Le déclic est arrivé pour nous lorsque nous avons compris la maladie, malheureusement mon mari n’était pas prêt à  se soigner. Et là j’ai vu mes enfants épuisés. Ils m’ont demandé de quitter leur papa, ne croyant pas à sa guérison, ils ne voulaient plus vivre cette situation. Lorsque mon fils est parti quelques mois de la maison, je me suis dit : STOP il faut absolument trouver une solution. Mes enfants montraient leur souffrance en devenant agressifs envers leur papa et moi-même car ils ne comprenaient pas que je puisse continuer  à subir et surtout à ne pas prendre de décision. Ils me disaient « maman tu mérites d’être heureuse ça n’est pas une vie ». A ce moment c’est à eux que j’ai pensé, la culpabilité me rongeait, prise entre l’amour de mes enfants et le désir de croire en la guérison de leur papa qu’eux-mêmes n’espéraient plus. Quoi faire ? J’étais désemparée, en parler à qui ? Faire souffrir mon entourage en leur racontant mon désarroi me rendait honteuse vis-à-vis de mes enfants.

Quand ma décision fut prise, ma maman et mon papa ont été mes autres confidents ainsi que mes sœurs et mes amis. Même si cela fut dur à entendre, j’ai ressenti un soulagement de la part de mes enfants. Nous n’étions plus seuls à combattre cette fichue maladie. Ils ont pu en parler, se confier à d’autres personnes.

Enfin mon mari décide de se faire soigner. Il part pour 4 mois. Les enfants me disent soulagé, moi aussi. A son retour c’est un autre homme. Une nouvelle vie commence. Ce fut très difficile pour lui. Il a fallu que tout le monde reprenne sa place surtout mon mari en tant que père. Cela va faire 5 ans qu’il est abstinent et j’en suis fière.

En conclusion je peux dire que ma relation mère enfant a été plus fusionnelle que conflictuelle ; j’ai appris beaucoup sur mes enfants, leur entourage et leur patience a été mis à rudes épreuves. Que ce soit verbal ou non verbal, nous avons su maintenir la communication. Je n’ai jamais cessé de leur exprimer mon amour pour eux et pour leur papa malgré parfois ma colère face à la maladie. Aujourd’hui je les sens plus sereins, plus libérés. Ils n’oublieront pas mais ils ont su pardonner et je suis fière d’eux